Jury's Special Nominee
Zahraa
Ce projet est né d’un dialogue entre le silence et la trace,
entre ce qui s’efface et ce qui insiste.
Ce n’est pas une histoire figée.
C’est un lien, une conversation silencieuse.
Depuis plus de vingt ans, je vis en Mauritanie.
Le désert n’est jamais loin.
Il déborde, il s’infiltre, il s’impose.
Il ronge les murs, les heures, les gestes.
Ce n’est pas un décor, c’est un vide.
Et dans ce vide, des apparitions.
Fugaces, persistantes.
Je l’ai souvent croisée. Ou peut-être imaginée.
Une présence sans réalité, à peine retenue dans la lumière.
Zahraa.
Silhouette sans contours, ni âge, ni visage.
Elle n’est pas un personnage.
Elle est la trace, la mémoire du lieu.
Peut-être celle que l’on devient à force de marcher ici.
Ou celle que le désert dépose en chacun, chaque fois qu’on
croit le quitter.
Zahraa est ce que le désert invente quand il nous regarde
et ce que nous devenons, lentement, à mesure qu’il nous
efface.
Le souvenir d’une vie passée dans cette lumière.
L’empreinte de ce qui, à force d’être traversé, finit par nous
traverser.
Le sténopé
J’ai choisi le sténopé parce qu’il épouse le temps.
Il ne cherche pas à saisir. Il laisse venir.
Il laisse entrer la lumière, doucement.
Comme on laisse entrer un souvenir.
L’œil va vite.
Il traverse les choses sans les retenir.
Le sténopé, lui, reste au seuil de l’instant.
Là où le temps commence à se déplier.
Dans ces images, rien n’est net.
Le corps, le sable, la lumière se déplacent ensemble.
Ce qui apparaît n’est pas une forme, mais une rémanence.
Une présence qui vacille.
Car la mémoire est ainsi faite, elle floute ce qu’elle aime
pour mieux le garder vivant.
Elle hésite, elle glisse, elle recommence.
Ce qui m’importe, ce n’est pas ce qui fut, mais ce qui
demeure après.
Une trace très légère. Un presque.
Le moment où l’image tremble.
Comme tremble la mémoire quand elle tente de se souvenir.
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