Interview Leon Edu - Meilleur Projet Photo au Maghreb 2024
Bonjour Léon, tu es le « Meilleur Projet Photo au Maghreb » 2024. Pour cela, tu gagnes 300$. Que penses-tu d'avoir été sélectionné comme lauréat parmi des centaines d'autres photographes ?
Je trouve important qu'une œuvre de cette nature soit récompensée. La participation des personnes aux photographies leur confère une valeur ajoutée : elles participent au processus photographique et en sont les protagonistes. Le fait que le jury ait mis en avant ce travail donne un sens plus fort au processus mené avec les personnes.
Peux-tu nous parler de ton parcours et comment es-tu devenu photographe ?
J'ai commencé la photographie très tard, je n'ai pris un appareil photo qu'à 29 ans. Au départ, j'ai adopté la photographie comme outil politique, pour tenter de photographier les injustices sociales. Ce faisant, j'ai changé ma façon de photographier. Je viens du photojournalisme, mais je crois que les nouveaux récits qui touchent un public plus large ont de plus en plus d'impact. Sensibiliser d'un autre point de vue grâce à ces nouveaux récits nous permet de toucher d'autres types de personnes qui peuvent être influencées et sensibilisées par nos photographies.
Qu'en est-il de la série « When everyone leaves. Moroccan earthquake. », comment as-tu construit ce projet et que comptes-tu faire à l'avenir ?
Je pense que c'est un projet qui existe depuis longtemps. Le premier réflexe après un tremblement de terre est d'aller constater les destructions et les morts et de photographier la catastrophe. Ce projet a été réalisé un mois après le séisme, alors que tous les médias étaient déjà partis et que les sinistrés attendaient toujours les secours. D'une certaine manière, se voir photographiés dans les ruines de leurs maisons et pouvoir dessiner comment ils imaginaient leurs maisons reconstruites n'était pas seulement un travail photographique, mais a également aidé ces personnes psychologiquement, en leur donnant l'idée d'être entendues. Elles sont un élément fondamental de ce projet et il est également important de souligner qu'au-delà d'être un projet photographique, il est devenu un outil de guérison pour ces personnes. Son caractère journalistique s'est renforcé avec cette autre utilisation de la photographie, comme moyen pour les gens de panser leurs blessures. À l'avenir, le projet impliquera la participation d'écoles espagnoles, où les élèves découvriront la réalité et écriront et dessineront à partir d'autres photos Polaroid. Je prends des photos. L'idée est de leur rendre ces photos et de leur envoyer des messages de soutien.
En tant que gagnant de notre concours photo tu intégreras le jury de notre concours photo pour la prochaine édition, quels conseils peux-tu donner aux photographes qui veulent postuler pour l'année prochaine ?
Mon conseil : envoyez vos travaux pour leur donner de la visibilité. Pour exprimer toute votre créativité, le photojournalisme est essentiel, mais ces nouveaux récits le sont tout autant. Il faut innover sans cesse et réfléchir à des moyens de toucher le public différemment. Je vous encourage à présenter toutes ces œuvres au jury, à exploiter le pouvoir du récit et à présenter vos projets.
Edu León (Madrid, 1977) (@eduleonphoto) est un photographe espagnol installé en Amérique latine depuis 11 ans. Son travail porte sur les conflits sociaux, le militantisme pour les droits humains et les migrations. Ces dernières années, il s'est consacré à photographier l'exode des Vénézuéliens vers les pays du sud de l'Amérique latine, dans le cadre du projet « Migrar es tocar tierra » (La migration, c'est toucher la terre). Conçue comme une exposition itinérante, elle est devenue virtuelle pendant la pandémie. Auparavant, il avait développé, avec le photographe Olmo Calvo, un projet intitulé « Frontières invisibles », qui illustre la situation aux frontières européennes et les contrôles d'identité en Espagne. Il a également utilisé la photographie comme outil de transformation sociale et identitaire auprès des jeunes et des communautés autochtones. Ses articles ont été publiés dans des médias tels qu'El País, Univisión Noticias, The Guardian, Time, Newsweek, Vice News et le New York Times. Il a également collaboré avec des organisations internationales telles que la Croix-Rouge, Amnesty International et Oxfam.
